Au revoir Debian, bonjour Debian avec Flatpak

Des rangées de cartons de produits plats d'un magasin Ikea

J'avais évoqué, à l'occasion de la sortie de Debian 9 Stretch, la combinaison Debian Stable + Flatpak, que je déclarais gagnante sur le papier… Il est temps de passer à la pratique !

Comment j'en suis arrivé à vouloir flatpak-iser ma Debian ?

Déjà, il faut savoir que je suis le genre de gars qui, quand son installation marche bien, va décider de la modifier. C'est certainement compulsif : par exemple, si ma TV marche sans soucis, je vais quand même aller voir sur le site du fabricant s'il n'y a pas une mise à jour du firmware à faire. Bref.

Il y a quelques années, je testais la session Wayland de GNOME pour voir si c'était utilisable, vu que c'était le futur (spoiler : je n'ai toujours pas fait la bascule, j'attends pour le moment de tester GNOME 3.32 pour voir si les soucis de performances font partie du passé). Je me suis rendu compte que j'allais devoir changer mes habitudes car mon logiciel graphique de gestion des paquets habituel, Synaptic, ne pouvait exister en environnement Wayland. J'ai donc commencé à faire mes mises à jour en ligne de commande. Cela tombait bien car APT, le gestionnaire officiel de paquets en ligne de commandes de Debian, venait de sortir une nouvelle version agréablement simplifiée.

Une fois accoutumé à la ligne de commande pour la gestion des paquets deb, celle des paquets Flatpak n'a rien de sorcier.

J'ai eu l'occasion de m'y frotter pour la première fois lors de mes tests de la version de développement de Pitivi (logiciel de montage vidéo pour GNOME) pour lesquels la méthode Flatpak est recommandée (notamment parce qu'elle permet aux développeurs d'utiliser exactement la même version que l'utilisateur, ce qui facilite le débogage).

Pour ce qui est de comprendre les bases du fonctionnement de Flatpak en ligne de commande, je vous renvoie aux premières pages de ce manuel, et aux nombreux tutos disponibles sur la Toile.

Par ailleurs, depuis mes premiers tests sous Wayland, la logithèque de GNOME a pas mal progressé et offre dorénavant, si vous préférez, l'installation graphique aussi bien de paquets deb que de paquets Flatpak (sous Debian, installer pour cela le paquet gnome-software-plugin-flatpak).

Il existe un dépôt central, Flathub, qui héberge un grand nombre d'applications. C'est là-bas, à la page du logiciel concerné, que je récupère l'identifiant Flatpak des logiciels qui m’intéressent. Au sujet de Flathub, j'ai découvert que certains paquets Flatpak sont préparés par les développeurs de l'application (directement du producteur au consommateur, pourrait-on écrire), comme LibreOffice, GIMP, ou encore Pitivi (pour Firefox, cela avance lentement mais sûrement), tandis que d'autres, comme Transmission, sont générés par l'équipe derrière Flathub indépendamment de ses développeurs. Dans tous les cas, vous remarquerez qu'il ne s'agit pas des développeurs de votre distribution (d'où le titre de ce billet).

Enfin, puisque Flatpak est le futur de la distribution des logiciels, et que je l'utilise déjà pour Pitivi, je me suis dit : pourquoi ne pas installer toutes les applications extérieures au projet GNOME via Flatpak ?

Compte-rendu de mon expérience de flatpak-isation de ma Debian Unstable

Alors déjà je suis sous Debian Unstable (et non pas Stable). Mais même sous Unstable, il est possible d'avoir des versions plus récentes de logiciels en puisant dans Flathub. Sans parler des gains de sécurité – dont certains seront amenés au fur et à mesure des développements de Flatpak – comme un bac à sable, la gestion des permissions d'accès à vos périphériques type webcam, microphone, à la géolocalisation…

Ensuite, je n'ai effectué les substitutions qu'il y a une semaine : le temps de tester un minimum et de remplir quelques rapports de bogues.

Sans plus attendre, voici les paquets deb que j'ai choisi de remplacer par leur équivalent Flatpak, et les éventuels problèmes auxquels j'ai été confronté (en gras, les plus gênants – en fait un seul qui empêche l'usage du logiciel) :

  • Transmission : Je l'ai installé via la Logithèque de GNOME : tout semble fonctionner si ce n'est que l'interface était restée en anglais. J'ai donc dû installer les traductions du logiciel en ligne de commande (ajouter « .Locale » à la fin de l'identifiant du logiciel pour installer ses traductions) (rapports de bogue ici, ici et ).
  • Shotwell : Tout semble ok, si ce n'est que seuls mes dossiers Musique et Téléchargements (parmi tous mes xdg-user-dirs) apparaît (rapport de bogue).
  • Audacity : Comme pour Transmission, pour avoir une version francisée, j'ai dû passer par la ligne de commande (rapports de bogue ici et ). Plus embêtant : l'icône du pointeur est manquant, remplacé par un carré noir qui empêche une sélection précise sur la piste (rapport de bogue). Comme quoi un bogue assez mineur peut rendre un logiciel à peu près inutilisable.
  • Avidemux : Tout semble ok (je me retrouve avec un choix de codecs un peu plus réduit via Flathub que via le dépôt deb-multimedia.org mais bon : osef). À noter aussi que le runtime de KDE (KDE Application Platform) est installé dans le cas de la version Flatpak, alors que j'avais juste des dépendances à Qt via le dépôt deb-multimedia.org : c'est inévitable pour limiter les efforts de maintenance à trois runtimes : freedesktop, GNOME et KDE. Par ailleurs il n'apparaît pas dans la liste « Ouvrir avec une autre application » du menu contextuel de Nautilus (rapport de bogue).
  • Pitivi : Là c'est nickel, d'autant que vous pouvez choisir votre version : dernière stable, ou celle en développement.
  • Calibre : Tout semble ok (mais je ne l'utilise pas, c'est au cas où).
  • GIMP : Pour le moment c'est la dernière version stable qui est proposée en Flatpak, mais il est prévu que la future version (tirant partie de GTK3) puisse être testée ainsi. Pas de problème particulier semble t-il pour GIMP, à moins que vous n'utilisiez des greffons. Pour ma part, j'avais l'habitude d'installer le paquet deb gimp-plugin-registry (qui fournit notamment le greffon "Save for Web" que j'affectionne) en même temps que la version deb de ce bon vieux GIMP, mais gimp-plugin-registry n'est pas proposé sur Flathub. J'ai donc dû retourner un peu le web et j'ai appris (mieux vaut tard que jamais !) que GIMP propose un système manuel d'installation des greffons ! D'ailleurs, je me souviens maintenant que Jehan a, de longue date, un plan pour améliorer la gestion des extensions dans GIMP. En attendant le résultat de ce travail, j'ai dû compiler le greffon "Save for Web" en suivant les instructions présentes dans l'archive officielle. L'exécutable webexport est alors copié dans /home/mon_user/.config/GIMP/2.10/plug-ins/ (à noter que normalement il faudrait le déplacer manuellement dans /home/mon_user/.var/app/org.gimp.GIMP/config/GIMP/2.10/plug-ins/ pour coller à l'organisation spécifique de Flatpak, mais il y a une difficulté à régler – rapport de bogue). À noter également que je n'ai pas réussi à franciser le greffon.
  • FileZilla : Comme pour Transmission et Audacity, pour avoir une version francisée, j'ai dû passer par la ligne de commande (rapports de bogue ici et ).
  • LibreOffice : Tout semble ok. Petit détail : le menu Outils->Options est très long à se lancer (plus de 5 secondes à attendre) (rapport de bogue).
  • Frozen Bubble : Tout semble ok.
  • VLC : Tout semble ok.
  • Rhythmbox : Tout semble ok, si ce n'est que seul mon dossier Musique (parmi tous mes xdg-user-dirs) apparaît (rapports de bogue ici et ).

Par ailleurs, certains logiciels que j'utilise ne sont pas (encore ?) sur Flathub : Deja Dup, Brasero, DevedeNG, Imagination, Liferea, MComix, Firefox (c'est prévu), Thunderbird (c'est prévu, après Firefox).

En ce qui me concerne, je ne vois que des avantages à utiliser les versions Flatpak de mes logiciels usuels. Et pour celles qui ne fonctionnent pas correctement, et bien, il suffit de rester sur la version fournie par votre distribution en attendant que le problème soit réglé !

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