Que reste-t-il du logiciel libre ? Nous !

Malgré mon relatif silence de ces derniers mois, je continue à écouter des podcasts et impossible de ne pas réagir à l’émission Du grain à moudre passée sur France Culture, intitulée "Que reste-t-il du logiciel libre ?"

Commençons par dire qu’une analyse en a déjà été faite par Cyrille ; je reprends son analyse en intégralité, car elle est perdue au milieu de beaucoup d’autres choses :

C’est assez terrible, c’est presque douloureux. Les intervenants sont Amaelle Guiton Journaliste à Libération, Bernard Ourghanlian directeur Technique et Sécurité à Microsoft France, et Pierre-Yves Gosset délégué général de Framasoft. C’est terrible parce que lorsque Bernard Ourghanlian explique que le logiciel libre a gagné, parle avec facilité de l’époque propriétaire de Microsoft comme étant révolue, évoque le cloud, on a tout à fait compris que ce n’est pas le libre qui a gagné mais Microsoft. C’est terrible parce qu’Amaelle Guiton met le doigt exactement là où ça fait mal en rappelant que les libristes étaient tous sur Github et que gueuler parce qu’une plateforme propriétaire est achetée par une autre boîte propriétaire c’est tout simplement ridicule. C’est terrible parce que le message de PYG qu’il essaie de placer au niveau philosophique ne passe pas, parce que lorsque le journaliste qui se met dans la position de celui qui ne sait pas fait remarquer que d’utiliser un logiciel propriétaire avec du suivi, du service, c’est franchement plus rassurant, il n’y a rien à répondre. C’est terrible parce qu’on comprend que le logiciel libre a remporté la guerre technique à savoir qu’un code confronté à un ensemble de personnes, interne au projet ou extérieur c’est la meilleure manière de renforcer le code, mais que les idées qui sont derrières sont soufflées au profit de l’efficacité. C’est terrible parce que l’émission est tellement pointue qu’il n’y a que ceux qui connaissent le sujet qui peuvent la comprendre, ce sentiment de plus en plus palpable que l’informatique s’éloigne de l’utilisateur final quand le ministère de l’éducation nationale fantasme une nation de développeurs.

Cyrille s’ennuie un peu dans sa tour d’ivoire de blogueur abandonné par tous (moi y compris), il ne m’en voudra donc pas de le titiller un peu et de reprendre les critiques qu’il aime poser sur les billets de Cascador à savoir un manque de profondeur dans l’analyse. Par ailleurs, Microsoft ne parle jamais de logiciel libre mais d’open source (et encore, pas open pour tout le monde, sinon ça se saurait). Sinon, je partage son point de vue catastrophique du résultat de cette émission, mais il faut pousser plus loin l’analyse.

On avait une très bonne journaliste qui connait le milieu hacker (mais parle malheureusement de Richard Stallman au passé) et une pointure du milieu associatif légitimé par les nombreuses actions de Framasoft face à un seul représentant du monde propriétaire ; ils auraient pu n’en faire qu’une bouchée et pourtant même avec un animateur compatissant envers le logiciel libre, ils se sont tollés comme pas permis. D’abord en restant peu compréhensibles envers le grand public et ensuite en n’abordant pas les points cruciaux et fondamentaux de l’intérêt du libre vis-à-vis du propriétaire lavé à la lessive open source.

Il faut dire que le gars de chez Microsoft avait préparé ses cartouches et sachant qu’il serait attaqué, a joué finement le côté pacifiste enthousiaste, on a été des méchants, mais on est devenu gentil. Personnellement, le sujet Github, je m’en balance complètement sachant que je ne suis pas codeur et qu’il y a eu un précédant avec SourceForge. Comme le dit bien Amaëlle Guiton, difficile de comprendre pourquoi les développeurs continuent à se centraliser dans des structures propriétaires. Ce n’est donc ni le premier, ni le dernier événement de ce genre.

Par contre, dans sa grande amabilité, le gars de chez Microsoft a donné la raison pour laquelle ils ont mis autant d’argent sur une structure si peu rentable. Ils ont loupé le tournant de l’informatique mobile, ils reconnaissent que leur OS est trop pourri pour les serveurs au point de préférer utiliser du Linux, ils ont vu arriver les réseaux sociaux sans comprendre ce qui arrivait mais c’est bien là qu’ils ont choisi d’attaquer. Laissant à Facebook et Google tous les aspects vie privée et monétisation des données personnelles pour le marketing, ils misent désormais tout sur les profils professionnels (rachat de LinkedIn) et les compétences de développement grâce au vivier représenté par GitHub. Comme il le dit, l’important ce n’est pas le code mais les interactions entre les développeurs et le fait que la plate-forme est devenue pour eux plus parlante qu’un CV par leurs participations et commits sur différents projets. Ils sont pris au piège s’ils veulent avoir un avenir professionnel dans le milieu. Et que les libristes à la petite semaine s’en aille en fulminant, il n’en a cure, ceux-là ne travaillent de toute façon pas pour des projets bankable.

Mais revenons au sujet du débat, que reste-t-il au logiciel libre ? Quand l’animateur rétorque aux libristes que certes c’est difficile de quitter Windows par le poids des habitudes, mais alors, il est aussi difficile de quitter un logiciel libre comme Firefox si on s’y est trop habitué, il aurait pu être pertinent de dire que pas tant que ça puisque Chrome a tout balayé sur son passage et surtout, il aurait été intéressant de parler d’interopérabilité. Quitter un logiciel propriétaire, c’est aussi difficile parce que les formats sont fermés et c’est bien pour ça que la suite Office de Microsoft reste la référence en entreprise.

Enfin, pourquoi ne pas parler de la liberté des données quand les géants du web vantent les bienfaits du cloud. On nous vend du service tout en gardant nos données qu’on leur donne bien volontiers et sans possibilité de redevenir acteur de ce qui nous appartient. Comment est-ce possible que des défenseurs aguerris du logiciel libre n’est pas pu au moins évoquer ces avantages même s’ils ne sont pas forcément à la portée de tous ?

Bref, une émission malgré tout très instructive pour les connaisseurs puisqu’elle renseigne sur les intentions de l’openwashing tout en mesurant la faible capacité de réaction en face.
Mais avant de vouloir sauver le monde, si on laissait déjà ceux qui sont motivés se sauver eux-mêmes ?

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